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Causes directes
De nombreuses causes, directes ou plus insidieuses, sont à l’origine de l’érosion de la biodiversité. L’augmentation de la population humaine et de la consommation des ressources a entraîné la destruction des milieux naturels et la surexploitation de nombreuses espèces sauvages. À cela s’ajoutent aujourd’hui les conséquences de la pollution, du réchauffement de la planète et de l’introduction par l’homme d’espèces exotiques envahissantes.
La dégradation des milieux naturels
Les barrages gènent la reproduction des poissons migrateurs, comme le saumon © C. Kike / Biosphoto
La cause majeure d’érosion de la biodiversité est la transformation de l’usage des terres par les activités humaines, et donc la destruction, la dégradation, l’altération ou la fragmentation des habitats de nombreuses espèces animales et végétales. Cela est du à l’impact des activités agricoles (culture, élevage et plantations de bois), des industries d’extraction (mines, pêcheries, coupes forestières et cueillettes), et du développement humain, des transports et de l’ urbanisation. Aujourd’hui les écosystèmes agricoles couvrent plus du quart de la surface des terres émergées (et cela atteint 50 % en Europe). Près de la moitié de la surface forestière originelle a été détruite.
La pollution des sols, de l’eau et de l’atmosphère accentue la dégradation des milieux naturels et affecte directement certaines espèces. Ainsi, à cause de la pollution, 40 à 50 % des espèces de champignons ont disparu en 60 ans en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas. Beaucoup d’espèces d’insectes se sont raréfiées dans les campagnes françaises, affectant toute la chaîne alimentaire, et en particulier les oiseaux insectivores et les chauves-souris.
La dégradation des milieux naturels (et la disparition des habitats) est la première menace pour les oiseaux (89 % des espèces d’oiseaux menacés affectés), les mammifères (83 %) et les plantes (91 %).
« 50 % de la surface de la terre a été modifié par l’usage de l’homme, et il n’existe plus de territoires véritablement vierges. »
La surexploitation des espèces
Trafic de peaux de jaguar, Mexique © P. Robles / Biosphoto
La surexploitation des espèces vivantes et des ressources naturelles, à travers la chasse, la pêche, le commerce ou l’extraction du bois, a entraîné la disparition de nombreuses espèces animales et végétales au cours des derniers siècles. Cette cause historique, documentée pour de nombreuses espèces éteintes, reste encore la 2ème cause de disparition des espèces.
Le commerce international légal d’espèces de faune et de flore représente 15 milliards € par an (et plus de 350 millions de spécimens). Cela représente entre autre 1,5 million d’oiseaux et 640 000 reptiles chaque année…
Le trafic illégal d’animaux et de plantes sauvages, 3ème de par son importance après la drogue et les armes, est une des premières causes de disparition des espèces.
« Le poisson ne voit pas l’hameçon, il ne voit que l’appât ; l’homme ne voit pas le péril, il ne voit que le profit. »
Proverbe Mandchou
La surpêche menace la survie de centaines espèces de possions © G. Edwards / Biosphoto
Les milieux marins sont de aussi plus en plus concernés par la surexploitation. Plus de 70 % des pêcheries et des stocks de poissons marins font l’objet d’une surpêche ou d’une pêche à la limite de leurs capacités de renouvellement. De nombreuses espèces de poissons, et en particulier les grands prédateurs (thons, requins, espadons, poissons-scies, etc.) font l’objet d’une pêche particulièrement intensive, qui a entraîné leur extinction économique, voire leur disparition totale.
Les prises dites « accessoires » (tortues, dauphins, poissons...) constituent 30 % du volume total de la pêche et sont rejetées mortes par-dessus bord (on estime ces prises à environ 30 millions de tonnes de poissons). Un gaspillage et une destruction majeure des écosystèmes marins…
Quelques tristes exemples...
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| À cause de la chasse et du braconnage, les populations de rhinocéros noir ont baissé de 96 % en 30 ans en Afrique (de plus de 100 000 individus dans les années soixante à 2 600 individus en 1997). |
| La baleine bleue, le plus grand mammifère ayant jamais existé, a connu un déclin de 99.6 à 99.8 % à cause de la chasse baleinière. Avant la chasse commerciale, les effectifs étaient estimés à 20 000 dans l’hémisphère nord, et 200 000 dans l’Antarctique. Aujourd’hui, il en resterait quelques milliers dans l’hémisphère nord (1800 à 5000), et 400 à 700 dans l’Antarctique. On estime que 280 000 baleines bleues ont été tuées entre 1920 et 1970… |
| En Australie, il y a 50.000 à 60.000 ans, l’arrivée des premiers hommes a entraîné la disparition d’une partie de la grande faune : 20 espèces de kangourous géants, un lion marsupial, paresseux, tapirs, et les diprotodons (rongeurs marsupiaux herbivores de la taille d’une vache). |
Les changements climatiques
Les changements climatiques vont devenir une cause majeure de disparition des espèces © S. Panou / Biosphoto
Les changements climatiques pourraient bien devenir une cause majeure de l’extinction des espèces. En effet, les scientifiques estiment que le réchauffement pourrait atteindre de 2 à 6 °C d’augmentation de la température moyenne. Cela paraît peu, mais c’est en réalité énorme. En 100 ans, les températures augmenteront plus vite qu’au cours des 10 000 dernières années, à cause des émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, etc.) dus aux activités humaines (transport aérien et terrestre, chauffage, émissions industrielles, etc.).
Les îles d’outre-mer sont particulièrement concernées avec le blanchissement des coraux, et, à terme, la hausse du niveau de la mer.
« Un quart des espèces animales et végétales pourrait disparaître d’ici 2050 en raison du réchauffement climatique. »
Revue Nature, 2004
L’introduction d’espèces exotiques envahissantes
Dans de nombreux écosystèmes, l’homme a introduit, de façon volontaire ou involontaire, des espèces exotiques envahissantes qui bouleversent l’équilibre des milieux naturels, entrent en compétition avec les espèces autochtones, et parfois les dominent, jusqu’à les faire disparaître. Ces invasions biologiques, forme de mondialisation de la nature, sont la première cause d’extinction des espèces insulaires, en particulier pour les oiseaux, et représentent un phénomène particulièrement inquiétant pour l’avenir de la diversité biologique.
La jacinthe d'eau asphyxie lacs et rivières en Asie et Afrique © T. Crocetta / Biosphoto
Ce phénomène accompagne depuis longtemps toute migration humaine. L’introduction des lapins, chats, rats, chiens en Australie a eu un impact majeur sur la faune et la flore locale au cours des derniers siècles. Vendue comme plante ornementale depuis la fin du XIXème siècle, la jacinthe d’eau est aujourd’hui un fléau grave sur de nombreux fleuves et lacs de régions chaudes, en Afrique et en Asie. Depuis le percement du canal de Suez en 1869, près de 300 espèces marines ont pénétré en Méditerranée orientale et s’y sont installées. Et l’invasion continue… L’intensification du commerce mondial (le montant des échanges a été multiplié par 17 entre 1965 et 1990) multiplie les risques d’introduction d’espèces envahissantes, avec le commerce du bois ou des semences, le tourisme, ou même, l’eau des ballasts des navires marchands.
Les îles sont particulièrement sensibles à ce phénomène qui peut entraîner la disparition totale de certaines espèces et une banalisation générale des milieux naturels. Ainsi, l’île de Tahiti est recouverte aux deux tiers par une plante envahissante, le Miconia calvescens.
« L’unique a été remplacé par le commun. »
Jeffrey McNeely, UICN
La grenouille taureau (à doite) nuit aux grenouilles indigènes (à gauche, grenouille verte) © C. Testu / Biosphoto
L’impact écologique et économique de ces aliens se chiffre en centaines de milliards d’euros. Par exemple, la moule zébrée ( Dreissena polymorpha), originaire de la Caspienne et de la mer Noire, qui s’est implantée dans les Grands lacs américains au début des années 80, bouche les canalisations, et leur entretien aurait coûté depuis 1989 plus d’un milliard de US $.
La France n’y échappe pas, avec le ragondin, originaire d’Amérique du sud, l’écrevisse américaine (qui supplante l‘écrevisse à pattes blanches dans nos cours d’eau), la grenouille taureau, la tortue de Floride, ou le Buddleia (l’arbre à papillons), pour ne citer que quelques uns de ces indésirables.
Quelques exemples...
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En Angleterre, l’introduction dans les parcs et jardins de l’écureuil gris d’Amérique (Sciurus carolinensis) lui a permis de coloniser progressivement tous les milieux naturels. Il est en train de faire complètement disparaître l’écureuil roux, qui ne subsiste plus que dans quelques réserves du nord de l’Angleterre.
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| En Polynésie, l’introduction d’un escargot carnivore (Euglandina rosea), supposée lutter contre une autre espèce envahissante, l’achatine, a entraîné la disparition de 57 espèces endémiques de Partula. |
Caulerpa taxifolia, algue exotique introduite en Méditerranée et probablement échappée de l’aquarium de Monaco, détruit les herbiers de posidonies.
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| L’introduction de la perche du Nil dans les années 60 dans les grands lacs d’Afrique de l’est, a entraîné la disparition de 65 % des espèces de poissons d’eau douce. Plus de 1 000 espèces de poissons eau douce, vivaient dans ces grands lacs. Le lac Victoria comptait 300 espèces endémiques. Il s’agit de la plus grande extinction de vertébrés jamais documentée. |
Les causes multiples et les enchaînements d’extinction
Pour de plus en plus d’espèces, leur disparition est aujourd’hui due à plusieurs facteurs, souvent mal connus et dont les effets se multiplient. C’est le cas d’amphibiens qui ont disparu récemment à cause de plusieurs raisons (champignon, maladies, changements climatiques, altération de l’habitat, etc.) qui se potentialisent. Ce nouveau type d’extinction, du à des causes plurifactorielles, montrent que les problèmes sont de plus en plus complexes et difficiles à résoudre. D’autres espèces dépendent les unes des autres et peuvent disparaître en cascade quand la première s’éteint.
Une centaine d’espèces de bousiers, insectes coprophages, sont spécialisés dans le crottin de l’éléphant d’Afrique. Quand l’éléphant disparaît, ils disparaissent… C’est le cas de Circellium bacchus, au bord de l’extinction. Ce coléoptère n’existe plus que dans le Parc National de l’Addo en Afrique du Sud…
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