Aménager une prairie fleurie naturelle
On connaît bien maintenant les « jachères fleuries » qui agrémentent ici et là les terres agricoles. Comme d’autres prairies artificielles, elles nécessitent un labour préalable et un semis. Mais il existe une autre façon de procéder, à la portée de tous : reconvertir sa pelouse en prairie fleurie. Une démarche aussi facile que gratifiante !
Demi-deuil sur une graminée © P. Olivesi
La pelouse cache bien son jeu. Dissimulées parmi les deux ou trois espèces de graminées qui constituent le « gazon » classique, de nombreuses fleurs sauvages attendent simplement que les conditions soient réunies pour fleurir. Quelques unes parviennent à faire des fleurs malgré une tonte fréquente à ras : les pâquerettes, le trèfle, parfois les pissenlits. Pour découvrir quelles autres fleurs sont prêtes à se révéler, il suffit d’espacer un peu les tontes. Les avantages sont nombreux : moins de temps passé à tondre, une pelouse passionnante à observer, des fleurs et des papillons se confondant au sommet des tiges, bref une biodiversité florissante !
Voici quelques conseils pour transformer une pelouse classique en prairie fleurie, avec plusieurs versions, très simple ou plus élaborée.
Une prairie à la fois belle et utile
La version la plus simple consiste à laisser pousser la pelouse pendant toute la saison de végétation, et à tondre des allées parmi les herbes pour s’y promener confortablement.
La tonte peut devenir créative, les allées peuvent être sinueuses, droites, ou dessiner des motifs labyrinthiques selon les goûts. Il faut veiller néanmoins à conserver un accès facile aux points clés du jardin : tel massif, tel banc, etc.
Sur la prairie haute, on effectuera seulement deux tontes : l’une le plus tôt possible au printemps, dès que l’herbe aura commencé à pousser, et l’autre en automne, pendant une belle journée d’octobre par exemple. Il est déconseillé de laisser plusieurs années de suite la prairie sans la faucher, car très vite apparaissent de jeunes arbres et arbustes, dont la croissance peut vite empêcher l’utilisation de tondeuses.
Échelonner les tontes
On peut aller plus loin en divisant la prairie en trois parties et en échelonnant les tontes. On obtient ainsi une plus grande variété d’espaces au même moment, favorisant une plus grande diversité de la flore et de la faune : une partie tondue courte en été refleurira rapidement en lotiers ou en trèfles ; sa voisine fauchée un mois plus tôt portera de longues tiges vertes et fleuries, tandis que la dernière, plus haute, offrira un concert de criquets réfugiés sur les tiges sèches des graminées.
Établir un calendrier des tontes en fonction des floraisons
Après une ou deux saisons d’observation, une fois que la flore de la prairie est mieux connue, on peut établir un calendrier des tontes et une division de la prairie en fonction des floraisons. On pourra ainsi dégager un endroit en prévision de l’émergence de fleurs à tiges basses, ou attendre ailleurs pour faucher que la période de floraison d’une autre espèce s’achève. En effet, la surface de la prairie n’est pas toujours homogène, certaines fleurs seront présentes à tel endroit et pas à tel autre. Par exemple, les anémones ficaires préféreront les zones fraîches, légèrement ombragées, alors que les centaurées s’épanouiront en plein soleil, dans un sol sec.
On peut aussi donner un coup de pouce à des espèces locales appréciées des papillons en récupérant leurs graines au bord des routes ou sur les talus, et en les ressemant ici et là dans la prairie : profitez pour cela des taupinières, ou à défaut « scalpez » des zones d’herbe de quelques centimètres carrés chacune pour y semer les graines récoltées.
Bien utiliser la tondeuse
© P. Olivesi
Une prairie haute est appréciée par bien d’autres animaux que les insectes. Les orvets et les grenouilles, par exemple, vivent volontiers dans l’ombre fraîche des hautes herbes. Pour ces animaux, la tonte est un véritable bouleversement. Affolés par le bruit du moteur, les vibrations et les odeurs d’essence, ils sont souvent victimes des lames de la machine. On peut réduire considérablement cet impact en commençant par tondre une parcelle par le centre et en élargissant vers l’extérieur. Ainsi, les animaux sont chassés vers les bords de la parcelle et trouvent refuge dans les massifs ou une autre partie de la prairie non encore fauchée.
© P. Olivesi
Les tondeuses proposent souvent plusieurs hauteurs de coupe. Il est conseillé de choisir toujours la plus haute : l’herbe est alors assez courte pour la promenade mais conserve la fraîcheur et la hauteur nécessaires aux nombreux animaux qui trouvent refuge au bas des tiges.
Pour les petites parcelles, la faux à main est une bonne solution. On peut aussi utiliser une tondeuse à fléaux, qui coupe les tiges au lieu de les broyer comme le fait une tondeuse classique.
Felice Olivesi, paysagiste.
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