Les résultats de l'année 2006

Grâce à votre forte participation à l’Observatoire des Papillons des Jardins, les scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle ont pu travailler sur de nombreuses données l’hiver dernier.Voici, avec le printemps, les premiers résultats issus de l’analyse de vos observations.

Les chiffres de 2006

  • 14 695 personnes inscrites
  • 4 059 jardins suivis régulièrement
  • Plus de 406 000 données collectées
Grâce à vous, un véritable réseau d’observateurs a été mis en place à travers toute la France ! Merci à tous !

NB : Les résultats qui sont présentés ici sont issus des données brutes transmises par les observateurs. Les bruits de fond inhérents à toute démarche scientifique de ce type (erreurs d'identification ou de comptage) sont en cours de traitement.

Les Observateurs sont à l’ouest !

Nombre de jardins participants à L'Observatoire
© MNHN
La carte de répartition des jardins suivis montre que les Observateurs des Papillons des Jardins sont particulièrement actifs en Bretagne, en Poitou-Charentes, en Pays de la Loire et dans le Centre. Il reste à renforcer le maillage dans le nord, le sud et l’est ! Nous comptons sur vous pour faire découvrir l’Observatoire à vos amis et cousins de ces régions…

Les observateurs habitent surtout à la campagne ou en zone périurbaine, là où il y a le plus de jardins. Néanmoins, presque 15 % des données proviennent des villes ! Signe que les balcons ou les jardins urbains bien fleuris peuvent aussi permettre de voir des papillons.
Les jardins en milieu urbain sont tout aussi intéressants pour nous que ceux situés dans des zones plus « naturelles » : même un simple balcon peut apporter des données qui prendront tout leur intérêt au sein de notre étude de la biodiversité qui nous entoure. De la même façon, afin d’étudier l’influence des pratiques de jardinage sur la richesse en papillons, nous avons besoin d’un panel de jardins et de pratiques aussi diversifié que possible. Que vous ayez un jardin autour d’un chalet en montagne ou dans une zone pavillonnaire proche d’une grande ville, que votre consommation de pesticides soit importante ou non, vos papillons nous intéressent ! N’hésitez pas à nous transmettre vos observations et à inciter vos proches à le faire.

Un état des lieux des 28 espèces de l’Observatoire

Paon-du-jour
© Flavia
Grâce aux données de cette première année, nous avons pu brosser un état des lieux de la distribution géographique des papillons communs en France, ainsi que de la variation saisonnière.

Cette base va servir d’ « état zéro » pour observer l’évolution des populations de papillons à l’échelle nationale dans les années à venir.
Abondance moyenne du Paon-du-jour par jardin
© MNHN
Une carte d'abondance a été réalisée pour chacune des 28 espèces ou groupes d’espèces de l’Observatoire. Ainsi, on s’aperçoit par exemple que le Paon-du-jour, ce magnifique papillon rouge avec un ocelle bleu sur chaque aile, est moins abondant en région méditerranéenne que dans le nord.
Carte de répartition du Gazé
© MNHN
Le cas du Gazé a lui aussi réservé des surprises! Alors que ce papillon était auparavant commun dans tout le pays, il semble avoir pratiquement disparu du nord, du nord-est et du bassin parisien, l’arrachage des haies et des vergers, au profit de l’agriculture intensive, ayant détruit son habitat. En effet, sa chenille se nourrit principalement d’aubépine, arbuste typique des haies. Il n’en reste plus que dans les régions bocagères comme la Bretagne ou les régions d’élevage extensif riches en prairies et en haies comme le Massif Central et les Alpes. Triste constat…
© MNHN
Vos observations ont été précieuses pour mieux connaître un nouveau venu en France, le Brun des pélargoniums.

Ce papillon originaire d’Afrique du Sud se nourrit de pélargoniums et de géraniums sauvages dans son milieu d’origine, plantes également originaires d’Afrique du Sud mais qui ornent désormais nos balcons et fenêtres.

Les premiers Bruns ont été vus aux Baléares en 1988 et depuis, ils sont en pleine expansion en Espagne, dans le sud de la France et en Italie. L’espèce s’est certainement propagée à l’état de chenille ou de chrysalide avec les géraniums, par le biais des jardineries.

Vos données montrent pour la première fois que cette espèce est recensée dans toute la France en été.
Par contre, dès le mois de septembre, elle n’est observée que dans le sud du pays. Les scientifiques manquent encore de recul pour expliquer ce phénomène, mais il est probable que le Brun ne supporte pas les températures trop basses.
Les invasions biologiques sont une cause majeure de perte de biodiversité dans le monde, mais elles sont rarement suivies en temps réel. On constate souvent trop tard qu’une espèce envahissante est arrivée, sans en connaître les circonstances. Avec l’Observatoire, on dispose d’un outil exceptionnel pour suivre ce phénomène d’expansion en temps réel et essayer d’en comprendre les mécanismes.

Suivi du cycle de vie des papillons


Les données collectées mensuellement permettent d’observer finement le cycle de vie des espèces (ou phénologie). En effet, les papillons connaissent au cours de leur vie 4 stades distincts : l’œuf, la chenille, la chrysalide et le papillon adulte (ou imago). La période de vol durant laquelle nous comptons les papillons correspond à ce dernier stade, pendant lequel les individus se reproduisent.
Toutes les espèces n’ont pas le même cycle de vie.


Certaines ont des périodes de vol assez étalées, comme la Belle-dame que l’on peut admirer d’avril à octobre...
© A. Cadi / © MNHN
...alors que d’autres se montrent moins longtemps, comme l’Aurore qui ne vole que d’avril à juin. Passés ces trois mois, il faut attendre l’année suivante pour avoir la chance de l’observer !
© M. Bureau / Biosphoto /© MNHN
La collecte des observations des papillons au fil des ans va permettre d’observer d’éventuels décalages des périodes de vol, qui pourront ensuite être mis en relation avec des phénomènes météorologiques (sécheresse…) ou avec le changement climatique. Ces données pourront apporter des informations importantes sur la manière dont les espèces s’adaptent, ou ne s’adaptent pas, aux modifications de notre environnement.

Des régions plus ou moins riches en papillons

L’Observatoire des Papillons des Jardins concerne plusieurs espèces ou groupes d’espèces, ce qui a permis d’établir une carte reflétant le nombre moyen d’espèces présentes localement dans les jardins : c’est la richesse spécifique.

La carte ci-dessous confirme certaines hypothèses : les zones où il y a peu d’espèces de papillons dans les jardins sont souvent des régions plutôt industrielles comme le bassin du Creusot et l’ouest de la Moselle, et les grandes agglomérations urbaines comme la région parisienne et la métropole lilloise.
Nombre moyen d'espèces par commune
© MNHN
Certaines disparités restent pour l’instant inexpliquées et demandent des études plus approfondies. Comment expliquer, par exemple, que le nord du bassin parisien (Picardie) compte en moyenne 10 espèces recensées par commune contre 19 pour le sud du bassin parisien (Beauce) alors que ces deux régions sont très semblables et proches géographiquement ? De même, pourquoi le nord de la Drôme, les Hautes-Pyrénées, le sud de l’Alsace et le Nord de la Franche-Comté apparaissent-ils comme des zones où il y a peu d’espèces de papillons dans les jardins alors que le nombre d’observations a été satisfaisant et que l’environnement semble favorable ?



Il reste donc encore bien du travail aux chercheurs du Muséum pour mettre en relation la richesse spécifique avec d’autres paramètres comme le climat ou les pratiques de jardinage… La réponse à ces questions ne pourra être trouvée qu’avec plusieurs années d’observations. L’Observatoire a encore de beaux jours devant lui !
Tous ces résultats sont le fruit de vos observations. Merci !

L’Observatoire des papillons des Jardins continue…

  • Encore plus d’observateurs
Vous avez été nombreux à collecter des données en 2006 et nous espérons aller encore plus loin en 2007. Nous comptons sur vous pour nous aider ! Le bouche-à-oreille est le meilleur moyen de faire connaître l’Observatoire. Parlez-en autour de vous, expliquez le fonctionnement à votre famille, à vos amis, à vos voisins… Plus les données seront nombreuses, plus les résultats seront précis ! Et vous leur ferez en plus découvrir le plaisir d’observer la beauté des papillons qui vivent dans leur jardin, sous leurs yeux.

  • Inscrire votre action dans la durée
Comme vous avez pu le constater en découvrant ces résultats, un observatoire de la biodiversité ne prend tout son sens que dans la durée. Les changements climatiques, les modifications du paysage ou des pratiques culturales sont des phénomènes lents et graduels. Leurs conséquences sur les animaux et les plantes qu’abrite votre jardin ne sont pas immédiates. Nous avons besoin de données régulières afin de comprendre comment le monde vivant s’adapte aux changements environnementaux dont l’homme est, en partie, responsable
 
 

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