Les résultats de l'année 2007
Grâce à votre forte participation à l’Observatoire des Papillons des Jardins et à deux années de suivi passionnantes, les scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle ont pu travailler sur de nombreuses données l’hiver dernier. Voici, avec le printemps, les résultats issus de l’analyse de vos observations.
L'Observatoire en quelques chiffres
• 3 982 jardins suivis (3 500 en 2006, soit 14 % de plus)
• 16 800 relevés effectués (un relevé représente l’ensemble des observations effectuées dans un jardin un mois donné) (14 300 en 2006)
• 193 000 papillons comptés (232 000 en 2006)
De plus en plus de jardins suivis
Jardins suivis en 2007
Par rapport à 2006, le nombre de jardins suivis est en augmentation, permettant une couverture géographique plus dense, pour des données encore davantage pertinentes. Des disparités régionales sont cependant observables, comme le montre la carte. Certaines régions restent trop peu couvertes. Ainsi la Corse par exemple, avec 15 jardins inscrits seulement, est la région la moins bien recensée, suivie par le Limousin et l’Auvergne, où moins de 100 jardins ont été suivis régulièrement. Pour ces régions, les cartes d’abondance des espèces sont moins pertinentes par manque de données.
L’objectif de cette nouvelle édition 2008 est donc d ’étoffer encore la couverture géographique, et de renforcer le maillage dans l’est, le centre, et le sud !
De nouveaux jardins suivis, mais aussi des jardins abandonnés
Répartition des jardins suivis en fonction du nombre de mois suivis
En tout, en 2006 et 2007, 5534 jardins ont été suivis. Mais seuls 1820 jardins (33%) ont été suivis sur les deux ans. Ainsi la moitié des jardins suivis en 2006 n’a plus été suivie en 2007. Ces jardins ont été remplacés par plus de nouveaux jardins, ce qui nous enchante, mais pose malgré tout la question de la durée de suivi des jardins.
Plus les jardins seront suivis longtemps et régulièrement, meilleure sera la qualité des données et les prévisions que les chercheurs pourront faire, en termes d’abondance et d’évolution des populations. Nous comptons sur vous pour continuer à observer !
Des régions plus ou moins riches en papillons
Carte d'abondance pour les années 2006 et 2007
En 2006, première année d’observation des papillons, une carte du nombre moyen d’espèces observées dans les jardins par commune a été établie. Avec les données récoltées lors de l’édition 2007, une nouvelle carte a été dressée, qui permet de révéler les évolutions de l’abondance de ces 28 espèces communes.
Les résultats montraient alors que la richesse moyenne en espèces observées dans les jardins variait selon les régions. Les résultats 2007 permettent de confirmer cette observation, car on retrouve des cartes de répartition similaires, avec des zones où moins d’espèces de papillons sont observées, comme dans le nord de la France, l’Alsace, la Franche-Comté, la côte du Languedoc. On retrouve également des contrastes marqués entre régions similaires : ainsi par exemple, près de deux fois plus d’espèces en moyenne sont observées dans les jardins du sud-ouest du bassin parisien qu’en Picardie. Une différence similaire est observée entre l’est et l’ouest de la côte méditerranéenne.
Et moins de papillons en 2007 qu’en 2006
Une différence notable est en effet observée entre 2006 et 2007 en Bretagne et dans le nord de la France, où moins d’espèces ont été observées cette année. Cet écart pourrait être dû à un été pluvieux et froid.
De façon générale, il s’agit de fluctuations qui peuvent être ponctuelles, liées à la météorologie ou à des variations interannuelles « normales » de l’abondance des espèces, souvent dues à des interactions avec les populations parasites. Nous manquons aujourd’hui de recul pour en tirer des conclusions sur le devenir à long terme de ces espèces. Seule l’acquisition des données sur plusieurs années permettra de préciser si ces variations d’abondance sont réellement significatives, et si l’on peut les relier à des phénomènes comme le réchauffement climatique ou l’utilisation des pesticides.
Cependant, ces résultats démontrent d’ores et déjà que l’Observatoire est capable de détecter des variations d’abondance d’une année à l’autre et donc sur le long terme de suivre l’évolution des populations de papillons en France et en région.
Nous avons donc besoin de vous pour continuer ces passionnantes analyses !
Souci, Machaon, Tircis : quoi de neuf en 2007 ?
Carte d'évolution des populations chez 3 espèces différentes
Le suivi d’une même espèce d’une année sur l’autre permet aussi de révéler des fluctuations en termes d’abondance. Les cartes ci-dessous illustrent l’évolution en terme d’abondance de trois papillons différents : le Souci, le Machaon et le Tircis. Les cartes se lisent de la façon suivante : si la région est en rouge ou en orange, moins de papillons ont été vus en 2007 qu’en 2006, si la région est en blanc, l’abondance a été identique les deux années, et si la région est en vert ou en bleu, plus de papillons ont été vus en 2007 qu’en 2006.
Ainsi, le Souci, espèce migratrice, a été beaucoup moins observé en 2007 qu’en 2006, particulièrement dans la moitié nord de la France où il a été en moyenne plus de cinq fois moins abondant en 2007 qu’en 2006.
Le Machaon présente une situation contrastée, avec un déclin important en 2007 sur la façade atlantique (entre cinq et deux fois moins d’individus en 2007) et davantage d’individus observés dans l’extrême est (Alsace).
Enfin, le Tircis est une espèce qui a été beaucoup plus abondante en 2007 qu’en 2006, en particulier dans les deux tiers sud de la France.
Encore une fois, il n’est pas possible de donner pour le moment de réponse précise à la question que nous nous posons tous : pourquoi ? Sur deux années, trop de paramètres entrent en jeu (météo, parasites des papillons, prédateurs, …) pour pouvoir expliquer telle ou telle tendance. Un peu de patience donc, les années prochaines nous apporteront sûrement plus de réponses !
Liste complémentaire
Pour les plus passionnés, une liste complémentaire de 18 espèces a été ajoutée en 2007 à la liste initiale des 28 espèces communes. Ces 18 nouvelles espèces représentent 6000 papillons comptés en 2007. Par exemple, le Grand Paon de nuit, papillon de nuit remarquable par sa rareté et sa beauté, a été signalé 173 fois en 2007, ce qui a permis de mieux connaître sa répartition actuelle.
Suivi du cycle de vie des papillons
Les générations de papillons
Les données collectées mensuellement permettent d’observer finement le cycle de vie des espèces (ou phénologie). En effet, les papillons connaissent au cours de leur vie 4 stades distincts : l’œuf, la chenille, la chrysalide et le papillon adulte (ou imago). La période de vol durant laquelle nous comptons les papillons correspond à ce dernier stade, pendant lequel les individus se reproduisent. Toutes les espèces n’ont pas le même cycle de vie.
On constate ainsi nettement que le groupe des Amaryllis a un pic d’abondance très marqué en été (les Pyronia sont présents de mai à septembre en France, les observations de mars, avril et octobre sont certainement dues à des erreurs d'identification). Mais il est aussi possible de suivre l’apparition des différentes générations de papillons, ou tout au moins la variation d'abondance des espèces. Une nouvelle génération est, comme chez l’humain, la progéniture de la génération précédente. Et chez certains papillons, il est courant d’observer deux à trois générations dans une saison (on parle de bivoltin pour deux générations ou trivoltin pour trois générations). Le Paon du jour est un bon exemple de cette variation d'abondance au cours d'une même saison : un premier pic apparaît en avril, un second en juillet et un troisième et dernier en septembre.
Évolution du cycle de vie entre 2006 et 2007
Phénologie de la Belle Dame et du Vulcain
L’Observatoire permet également de suivre de manière fine les variations d’abondance, mois par mois et année après année, variations qui peuvent être mises en relation avec des facteurs tels que la météorologie.
Prenons par exemple la Belle-dame, papillon migrateur qui passe l’hiver en Afrique du nord. Au printemps, il remonte vers le nord de l’Europe, pour donner naissance à une, parfois deux générations de papillons dont certains redescendront au Maghreb pour l’hiver. Les données récoltées nous montrent que la Belle-dame a été très rare en 2007 par rapport à 2006. Espèce connue pour être abondante certaines années et rare d’autres années, il apparaît que l’année 2007 était une année « sans » !
Le Vulcain est lui aussi une espèce migratrice, présentant plusieurs générations dans l’année. En 2006, l’été a été plutôt chaud, avec en particulier un épisode de canicule en juillet, et l’automne a été exceptionnellement doux : l’espèce a donc été de plus en plus abondante, jusqu’en octobre. En 2007, la fin de l’hiver a également été clémente, ce qui a permis aux Vulcains de réapparaître en plus grande abondance qu’en 2006 à la même époque. Puis un été et un automne plus froid qu’en 2006 se sont traduits par une abondance un peu plus faible.
Le Brun des pélargoniums
Suivis des populations de Brun des pelargoniums
Le Brun des pélargoniums est une espèce originaire d’Afrique du sud, arrivée il y a une dizaine d’année en France et en pleine expansion. Les données collectées en 2007 confirment les résultats de l’année précédente. Elles montrent que ce papillon est présent toute l’année dans le sud de la France, et que la saison chaude favorise son expansion vers le nord.
Par ailleurs, les analyses montrent que cette espèce occupe une place particulière parmi les papillons puisque c’est la seule espèce plus abondante en ville qu’à la campagne. Cette observation est cohérente, puisque sa plante hôte est le géranium cultivé, qui décore souvent les balconnières citadines. Le Brun vient donc égayer les jardins et balconnières de nos centres-villes du midi !
Influence des pratiques des jardiniers et de l’environnement
Impacts des produits phytosanitaires sur les papillons
Il est encore trop tôt pour obtenir des données significatives sur le devenir des populations de papillons des jardins, car les fluctuations observées entre 2006 et 2007 peuvent être dues à des conditions ponctuelles (météorologie, pratiques de jardinage par exemple). Seules des données de long terme, sur plusieurs années, permettront de savoir si les papillons sont réellement en régression en France.
Pourtant, d’ores et déjà, les analyses de l’influence des facteurs environnementaux (paysage, pratiques de jardinage) offrent quelques résultats. Ainsi, les données montrent très nettement que d’avantage de papillons sont observés dans les jardins campagnards que dans les jardins urbains, ou dans les jardins très fleuris que dans ceux qui proposent peu de plantes nectarifères. Qui plus est, ces résultats montrent que la ville est un milieu hostile à presque toutes les espèces de papillons, alors qu’on sait par ailleurs que plusieurs espèces d’oiseaux ont su s’y adapter comme le moineau, le pigeon ou le merle. Comprendre ces différences de sensibilité entre groupes d’espèces est un des enjeux pour les chercheurs de l’équipe de l’Observatoire.
Il est aussi montré que les jardins pour lesquels les propriétaires disent utiliser des produits de traitement présentent moitié moins de papillons que les jardins dits ‘non traités’. Une incitation donc à continuer à analyser les pratiques pour mieux connaître les impacts de ces dernières sur les populations de papillons.
Des données fiables
Ces résultats sont peu surprenants à première vue : il paraît évident que les papillons sont plus nombreux à la campagne qu’en ville. Ils sont pourtant extrêmement importants, puisqu’ils valident le programme de science participative qu’est l’Observatoire des Papillons des Jardins.
L’édition 2007 de l’Observatoire confirme en effet que les données collectées par des personnes qui ne sont pas nécessairement des spécialistes des papillons reflètent la réalité biologique de terrain, pourvu que ces personnes soient suffisamment nombreuses : s’il y a davantage de papillons à la campagne qu’en ville, l’Observatoire le détecte effectivement. Ce résultat donne une légitimité aux tendances qui seront observées dans les années à venir. Si l’Observatoire détecte une expansion ou une régression de telle espèce, cela signifiera que cette espèce est réellement en expansion ou en régression sur le terrain, et fournira un argument fort pour prendre si nécessaire des mesures au niveau politique.
Un grand merci à tous les observateurs, sans qui tout ceci ne serait pas possible !
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