Contexte - Programme Palmiers & Conifères
La Nouvelle-Calédonie a connu une histoire géologique particulière. Elle en a aujourd’hui hérité ses sols riches en minerais (sols ultramafiques), sur lesquels une flore originale et unique au monde a évolué.
1. Une île née du Gondwana
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
Il y a environ 250 millions d’années, la Nouvelle-Calédonie se trouvait à la périphérie du continent de Gondwana (qui regroupait l'Afrique, l'Amérique du sud, l'Antarctique, l'Inde, la Nouvelle-Zélande et l'Australie). Lorsqu’il a commencé à se disloquer, la Nouvelle-Calédonie s’est alors détachée, entraînée vers le nord par le mouvement des plaques.
La Nouvelle-Calédonie a connu une histoire géologique particulière (submersion totale et recouvrement par un feuillet du manteau terrestre), et a ainsi hérité de sols riches en minerais, les sols ultramafiques, sur lesquels on retrouve une flore originale.
Celle-ci est issue d'espèces ayant peuplé la Nouvelle-Calédonie il y a environ 37 millions d'années, par des transports à grandes distances (Grandcolas et al., 2008). Depuis, elle a évolué isolément sur l'archipel calédonien, donnant ainsi une variété et une diversité d'espèces uniques au monde.
L’Outre-mer, réservoir de biodiversité
L'outre-mer abrite 80% de la biodiversité française. Les collectivités d’outre-mer hébergent globalement 26 fois plus de plantes, plus de 100 fois plus de poissons d’eau douce et 60 fois plus d’oiseaux endémiques que la France métropolitaine. C’est d’ailleurs grâce à son patrimoine naturel d’Outre-mer que la France se classe au 5ème rang mondial pour la biodiversité.
Cette biodiversité atteint des points culminants : l'originalité de la flore et de la faune de Nouvelle-Calédonie, pas plus grande que trois départements français, est du même ordre que celle de toute l'Europe continentale.
Source : Centre d'Echange français pour la Convention sur la diversité biologique / TE ME UM
2. Un univers végétal unique au monde
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
La Nouvelle-Calédonie possède ainsi une flore riche et d'une grande originalité. Avec 76 % de plantes endémiques, elle se classe au 3° rang pour l'endémisme, après Hawaï (89%) et la Nouvelle-Zélande (82%).
Cette originalité est mise aujourd'hui en évidence par les taux d’endémisme exceptionnels (2500 espèces qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde, sur 3700 au total).
(source : www.endemia.nc)
Des sols toxiques et des milieux extrêmes
Les milieux sur roches ultramafiques ("terrains miniers") ont une extension tout à fait exceptionnelle en Nouvelle-Calédonie où ils occupent le tiers de la superficie de la Grande Terre, contre seulement 1% en moyenne des terres émergées de la planète.
Ils ont fait l’objet de nombreuses recherches, traitant des relations sols/associations végétales, des conditions de nutrition minérale des plantes sur ces roches, des phénomènes adaptatifs de certaines espèces, tels que l’hyperaccumulation du nickel dans la sève de certaines plantes.
(source : Contributions à la connaissance de la végétation et de la flore calédoniennes, IRD Nouméa, août 2004)
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
Certaines espèces ont développé différents phénomènes d’adaptation aux terrains miniers, sols infertiles et déséquilibrés pouvant être excessivement pauvres en certains éléments majeurs (azote, phopsphore, potassium, calcium) et dans certains cas anormalement riches en magnésium et en certains minéraux (nickel, manganèse, chrome, cobalt).
La forêt humide, qui couvre environ 20% du territoire, est le milieu le plus riche en biodiversité de l’archipel Calédonien avec 83% d’espèces endémiques. Les palmiers et conifères illustrent bien cet exceptionnel taux d’endémisme (voir plus bas).
3. Haut lieu mondial de la biodiversité
© P. Poncelet / Noé Conservation
La richesse de la biodiversité en Nouvelle-Calédonie est telle qu’elle a été désignée comme un haut lieu mondial de la biodiversité (d’après la classification en « hotspots » établie par le biologiste Norman Myers).
La conservation du patrimoine naturel de cette collectivité d’outre-mer est aujourd’hui un enjeu majeur des institutions nationales et internationales de protection de l’environnement.
« Hotspot » de la biodiversité planétaire
Un « hotspot de biodiversité » ou « haut lieu de biodiversité » est une région qui abrite beaucoup d’espèces endémiques (espèces qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde). Pour être classé comme « hotspot » de biodiversité, il faut répondre à deux critères :
- présenter un nombre élevé d’espèces endémiques,
- avoir subi une importante destruction de son habitat d’origine (perte de 70% de l’habitat originel).
En 2005, 34 « hotspots de biodiversité » ont été identifiés dans le monde d’après ces critères. Avec son endémicité exceptionnelle, la Nouvelle-Calédonie fait logiquement partie de ces « hotspots ».
(Source : Parc Zoologique et Forestier, Nouméa).
4. Une biodiversité riche, mais menacée
En Nouvelle-Calédonie, la forêt humide recouvrait à l’origine une grande partie du territoire (probablement plus de 70%). Actuellement, il ne resterait que 30% de sa surface originelle.
Elle constitue pourtant un patrimoine naturel exceptionnel avec plus de 2000 espèces végétales et des animaux emblématiques de l’île, tels que le cagou (oiseau très vulnérable qui ne vole pas, menacé d’extinction), le gecko à crête, le notou (plus gros pigeon arboricole du monde, endémique à la Nouvelle-Calédonie) et la roussette rousse (chauve-souris, seul mammifère endémique de Nouvelle-Calédonie).
(source : Parc Zoologique et Forestier, Nouméa)
© P. Poncelet / Noé Conservation
Les principales causes de disparition des forêts humides en Nouvelle-Calédonie sont :
la réduction et la fragmentation de l’habitat notamment en raison :
- des activités minières : la Nouvelle-Calédonie est l’un des principaux producteurs de nickel au monde, or 95% des conifères ne poussent que sur ces substrats riches en minerai ;
- de l’agriculture et de l’élevage
- des plantations pour l’exploitation forestière ;
la collecte sauvage de graines et de jeunes plants par des collectionneurs (pour les palmiers rares essentiellement) ;
les feux de brousse
l’érosion souvent aggravée par les activités minières ;
© JJ. Folger / Dayu Biik
les espèces envahissantes (dont les rats, cerfs et cochons sauvages pour les espèces animales) : elles représentent la troisième cause d’érosion de la biodiversité dans le monde, et la moitié du « Top 100 mondial» de ces espèces se trouve en Outre-mer.
5. Treize espèces rares de palmiers et de conifères, endémiques et menacées, à protéger absolument
La Nouvelle-Calédonie est une des priorités majeures de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) pour les palmiers et pour les conifères. Certaines espèces, qui ne comptent plus que quelques individus, risquent de disparaître à court terme.
© P. Poncelet / Noé Conservation
Présents du niveau de la mer au sommet des montagnes, les palmiers et les conifères sont représentatifs de la plupart des milieux naturels terrestres de Nouvelle-Calédonie, et en particulier de la forêt humide (voir ci-dessous).
En raison de leur importance culturelle, du niveau de menaces, des enjeux à l’échelle du territoire néo-calédonien, et de leur représentativité de la forêt humide de Nouvelle-Calédonie, les palmiers et les conifères ont été ciblés pour ce programme, et une liste de 13 espèces menacées, à conserver en priorité, a été élaborée collégialement.
Les Palmiers : 39 espèces, 38 espèces endémiques, 13 espèces menacées*
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
Sur les 39 espèces de palmiers présentes en Nouvelle-Calédonie, 38 sont endémiques ! Seul le cocotier (Cocos nucifera), qui est pantropical, n’est pas endémique.
La plupart ont une répartition très restreinte (12 espèces de palmiers ne sont connues que d’une seule localité).
© P. Poncelet / Noé Conservation
Leurs fruits sont appréciés des pigeons notou et des roussettes (chauve-souris), espèces emblématiques pour le peuple Calédonien.
Pour les palmiers, l’UICN a publié en 1996 un plan d’action pour lequel il est aujourd’hui urgent de mettre à jour l’évaluation des menaces et des statuts de conservation.
Les palmiers sont parmi les plantes les plus utilisées par les habitants des zones tropicales. Toutes les parties de la plante sont employées de manière très variée, principalement pour l’alimentation, la production d’huile, les usages thérapeutiques, la construction, ou en plante d’ornement.
* selon les critères de la Liste Rouge de l’UICN
Les Conifères : 45 espèces, toutes endémiques, 23 espèces menacées*
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
Conifère emblématique, le pin colonnaire (genre Araucaria) est un symbole de l’identité de la Nouvelle-Calédonie. Dans la culture Kanak, il est planté autour de la case du Chef. La silhouette élancée et caractéristique des Araucarias inclinés par les vents dominants, se dresse sur des corniches coralliennes surplombant la mer comme sur des pentes escarpées rocailleuses, dans des zones inondables ou aux sommets des massifs.
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
Venus du passé jusqu’à nous à travers les âges, les conifères de Nouvelle-Calédonie sont les témoins d’une flore ancestrale qui prospérait au temps des dinosaures. En effet, le groupe des conifères a connu son apogée au Jurassique (-170 millions d’années), où il comptait environ 20.000 espèces différentes, avant que la concurrence des Angiospermes (plantes herbacées et arbres feuillus) n’entraîne son déclin continu jusqu’à aujourd’hui, réduisant peu à peu sa diversité à environ 600 espèces.
Avec ses 45 espèces de conifères toutes endémiques, pour une superficie de 19000km2 (par comparaison, 27000km2 pour la région Bretagne), la Nouvelle-Calédonie détient le record mondial de diversité pour ce groupe. Ces conifères sont tout particulièrement présents à l’échelon des terrains miniers. En effet, bien que ne constituant que le tiers de la superficie de la Grande Terre, ces terrains abritent 42 espèces, soit plus de 93% des espèces de ce groupe en Nouvelle-Calédonie.
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
Outre la conservation d’un patrimoine naturel inestimable, les conifères de Nouvelle-Calédonie constituent également un potentiel économique indéniable en production de bois, effective (araucarias, kaoris) ou potentielle, d’huiles essentielles (que contiennent notamment les Callitris), et en tant que plantes ornementales.
Les statuts de conservation et l’évaluation des menaces pesant sur les conifères de Nouvelle-Calédonie a récemment été mis à jour et la mise en place d’un plan d’action de conservation est désormais une des priorités.
* selon les critères de la Liste Rouge de l’UICN
Source : Diversité des conifères de la Nouvelle-Calédonie : Une richesse et une originalité inestimable au sein de la flore des « terrains miniers ». Par Tanguy Jaffré (2007).
© A. Jankeliowitch / Noé Conservation
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